Allaitement et fringales / prise de poids

 

Ce n'est pas un article habituel. J'aime me baser sur des études, avoir une base extérieure mais je ne l'ai pas trouvée. Et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle j'ai décidé d'écrire cet article, pour témoigner de ce que je vis et rassurer peut-être les mamans allaitantes qui vivent la même chose que moi.

 

Des fringales incessantes

Quand j'ai commencé à allaiter mon premier enfant Gary, j'ai été prise de fringales incessantes. J'ai clairement senti un avant l'allaitement où j'étais normalement gourmande et un après où je suis littéralement obsédée par la nourriture si j'essaye de lutter contre mon envie de manger. Si je devais comparer cette fringale avec quelque chose ce serait avec l'appétit plus grand que j'ai la veille des règles, la seule différence étant que cette fringale ne dure pas un jour mais tous les jours 24h/24.

 

C'est d'autant plus difficile pour moi de résister que j'ai tendance à m'écouter: quand j'ai soif je bois, quand je suis fatiguée je vais me coucher et quand j'ai faim je mange. Je ne suis pas armée face à cette faim vorace qui me pousse à manger et grignoter continuellement et pour aggraver les choses je suis attirée par les aliments caloriques, gras, sucrés, la junk food etc je n'ai pas de fringale de fruits malheureusement.

L'allaitement fait maigrir (mais pas moi)

Au vu des études faites sur l'allaitement je ne rentre pas dans le schéma habituel puisque selon La Leche League: "les études sont formelles : à moyen terme et sans faire de régime particulier, les femmes qui allaitent retrouvent généralement plus facilement leur poids d’équilibre que celles qui n’allaitent pas."

 

Au bout de quelques mois je m'étais alors à l'époque tournée vers le groupe Facebook de LLL France pour voir si j'étais seule à avoir cette "faim" insatiable et j'ai reçu plein de témoignages allant dans mon sens: une femme se sentait droguée ("c'est comme une drogue j'ai besoin de manger, de dévorer, me gaver"), plusieurs femmes se désolaient de manger tous les goûters de leurs enfants de manière irrépressible, une autre maman avait même trouvé un nom au phénomène et l'avait appelé "l'appel du placard".

 

J'étais donc contente de ne pas être seule à ressentir tout ça, un peu rassurée même si je n'avais pas de solution à mon problème. Vu que l'allaitement semble ne pas faire grossir je me suis demandée alors si ces fringales pouvaient être dues à autre chose que l'allaitement:

Fringales dues à une carence?

Au début je me demandais si mon corps ne m'envoyait pas des messages, est-ce que j'étais carencée en quelque chose et mon corps me faisait manger pour compenser un manque de nutriments?

 

Mais très vite je n'ai plus trop cru en cette théorie car je n'avais pas envie de me jeter sur des fruits ou une bonne assiette de légumes mais plutôt des envies de coca, de gâteaux, de chips, de bretzels etc, des aliments qui se caractérisent plutôt par leur pauvreté nutritionnelle.

Fringales dues à la fatigue physique?

Une grossesse c'est dur pour le corps et les premiers mois avec bébé peuvent être éreintants si votre enfant ne dort pas bien ce qui était le cas de Gary. Je me suis donc demandée si mon corps ne se défendait pas face à cette fatigue physique en me demandant de manger des aliments caloriques pour tenir bon.

 

Mais cette théorie n'a pas tenu la route car au fil des mois je profitait de chaque moment pour dormir quand je le pouvais, j'ai peu à peu retrouvé ma forme antérieure mais mon appétit démesuré était toujours là.

Fringales dues à la fatigue nerveuse?

Je me suis également demandée si ces fringales n'étaient pas émotionnelles, car la nourriture apporte un plaisir immédiat, un réconfort qui fait énormément de bien. Quand je suis devenue maman je me suis entièrement consacrée à ce rôle, je n'avais plus de temps pour moi ou d'activités pour moi, pour mon propre plaisir et épanouissement.

 

La nourriture aurait alors pu avoir pour fonction de me servir de soutien émotionnel pour cette nouvelle vie où je me dédiais totalement à mon enfant, le plaisir gustatif servant à remplir la réserve émotionnelle que nous avons tous.

 

Il est possible que la nourriture ait pu servir à mon bien être mais pour moi ce ne pouvait être la raison principale de ces fringales car je ne me sentais pas déprimée mais très heureuse d'être maman, pour résumer j'étais plutôt sur un nuage d'ocytocine qu'autre chose, j'étais en fusion totale avec Gary et portée par cet amour.

Fringales dues à l'ennui, à l'enfermement?

Les premiers mois Gary était extrêmement fusionnel, c'était un bébé qui avait un calme profond tant qu'il était dans mes bras. Dès que je le posais c'était terrible pour lui, il avait une détresse déchirante, des larmes, et pour moi c'était une évidence que je voulais répondre à ce besoin (car c'était véritablement un besoin, pas un caprice). Et donc je faisais tout avec Gary dans mes bras, dans le porte bébé ou encore je passais les après midi avec Gary sur mon ventre car même pour dormir il avait besoin de me sentir, je ne pouvais pas le poser.

 

Du fait de cette fusion moi qui étais déjà très casanière je me suis encore plus renfermée et ces heures entières passées sur le canapé sans bouger pour ne pas le réveiller était à la fois très belles mais aussi très "inactives". C'est là que les fringales peuvent arriver, des fringales d'ennui où l'on mange pour s'occuper, parce que le placard est à portée de main, et parce l'esprit n'est pas occupé à autre chose.

 

Il est possible que j'ai eu des fringales d'ennui mais à environs 6 mois Gary s'est envolé du nid comme un petit oiseau, c'est comme s'il était rempli de ma présence et il est devenu très autonome, il jouait dans son coin, il s'absorbait dans ses activités pendant des heures tant que j'étais dans la même pièce que lui tout allait bien. J'ai pu reprendre un rythme plus actif mais les fringales sont restées, preuve qu'elles ne venaient pas d'un possible ennui.

Fringales hormonales?

Et j'en suis revenue à ma première théorie, et si cette fringale était liée à mon allaitement? Comme je vous l'ai dit auparavant, j'avais déjà ressenti quelque chose de similaire à cette faim, la veille de mes règles, une compulsion profonde à grignoter qui est selon moi due aux hormones. Suite aux changements hormonaux prémenstruels, certaines femmes ont mal à la tête, d'autres se sentent plus nerveuses ou encore certaines femmes comme moi ont un appétit beaucoup plus grand.

 

Pour essayer de comprendre ce qu'il m'arrivait je me suis donc penchée sur les différentes hormones qui sont mises en œuvre lors de l'allaitement: l'ocytocine et la prolactine.

L'ocytocine

Les effets de l'ocytocine ont été étudiés et il semblerait qu'elle diminue l'appétit, à l'inverse de la prolactine (source).  

La prolactine

Un article de la British Society for Neuroendocrinology s'est penché sur le cerveau de la femme enceinte et allaitante qui subit d'énormes transformations et notamment sur la fonction de la prolactine.

 

"Son appétit augmente et elle commence à manger davantage et à prendre du poids. (en effet, la production de lait requiert beaucoup d’énergie et la nature la prépare à la lactation en encourageant le dépôt de graisses pendant la gestation)", puis au sujet plus précisément de la prolactine: "La prolactine stimule la mise en place du comportement maternel après la naissance et elle est également impliquée dans la stimulation de l’appétit". Ce serait donc peut-être cette fameuse prolactine qui ferait de moi cette affamée continuelle.

 

Le Docteur Gérard APFELDORFER, practicien au sein du Gros (Groupe de Réflexion sur l'Obésité et le Surpoids) a conscience de cette dynamique allaitement/prise de poids: "Si allaiter a un coût énergétique, la prolactine, hormone de l’allaitement, augmente l’appétit, ce qui permet de manger suffisamment pour faire face aux besoins. Il n’est pas rare que les femmes allaitantes prennent du poids durant cette période, mais ce n’est pas systématique [...] les choses se rétablissent d’elles-mêmes dans l’année qui suit l’accouchement, ou la fin de l’allaitement, si tout va bien."

 

La bonne nouvelle c'est que l'amplitude des pics de sécrétion de prolactine diminue avec le temps. L'hormone commence à diminuer vers le 15ème jour après la naissance du bébé, et est proche de la normale passé 6 mois d'allaitement (source). 

Donc en théorie, après 6 mois d'allaitement, comme on ne produit plus de prolactine en excès on pourrait espérer que les fringales s'estompent et s'arrêtent. La difficulté étant je pense qu'en 6 mois le corps a pris l'habitude de manger plus et plus souvent, qu'il y a une forme d'accoutumance qui s'est créée et qui est dure à déloger.

 

Je ne sais pas au jour d'aujourd'hui si j'ai encore des fringales hormonales, ou si ce sont des échos, un automatisme ou encore toutes les fringales combinées que j'ai citées plus haut mais en tout cas je ne suis pas débarrassée de mes compulsions.

 

Après 3 ans à suivre le courant en espérant que ça s'arrête tout seul, j'en suis à 15kg de plus que mon poids de forme habituel. Sachant que je prévois un allaitement long pour Carl qui peut donc encore durer plusieurs années j'ai décidé de me battre et de lutter contre ces fringales, je ne sais pas si j'y arriverai, si vous vous voulez je vous en reparlerai d'ici quelques mois et je partagerai avec vous les différentes solutions que j'ai mises en œuvre pour briser ce cercle négatif.