Pnns: La viande passe dans la catégorie des aliments à risque

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Le nouveau PNNS change radicalement ses recommandations de consommation pour la viande hors volaille et la charcuterie; ces aliments sont désormais considérés comme augmentant le risque de maladie chronique.

 

Je suis tombée sur cette information grâce à un visuel de l'Association Végétarienne de France qui fait un gros travail de partage d'informations sur les réseaux sociaux (merci à eux).

Ce visuel montre bien le changement de discours de l'Anses en opposant les recommandations de l'ancien et du nouveau PNNS concernant la viande. 

 

Les repères de consommation de l'Anses subissent de grosses évolutions

L'Anses a déclaré avoir pour la première fois élaboré des repères de consommation tout en "intégrant les enjeux associés à la présence de certains contaminants chimiques dans l’alimentation", et que cela a "conduit à des évolutions fortes au regard des recommandations antérieures": "Elles concernent en particulier la plus grande place à donner aux légumineuses, aux produits céréaliers complets, aux légumes, aux fruits, ainsi qu’à certaines huiles végétales. En contrepoint, l’Agence insiste sur la nécessité de limiter la consommation des viandes, hors volailles, et plus encore des charcuteries et des boissons sucrées. "

L'Anses précise également qu'elle s'est "astreint à prendre en compte les habitudes alimentaires de la population française, afin de faciliter la bonne appropriation des repères élaborés". Il n'ont donc pas voulu ruer dans les brancards et malgré ça le shift est pour moi énorme: "l’Agence insiste sur la nécessité de réduire considérablement la consommation de charcuteries (telles que le jambon, saucisson, saucisse, pâté, etc.) afin qu’elle ne dépasse pas 25 g par jour. La consommation de viandes hors volailles (telles que le bœuf, porc, agneau, etc.) devrait quant à elle ne pas dépasser 500 g par semaine. L’intérêt d’une consommation bihebdomadaire de poissons, dont un poisson gras (tel que la sardine, le maquereau, etc.), est réaffirmé."

Pour visualiser, qu'est-ce que 25g de charcuterie? C'est 1/2 à 1 tranche de jambon suivant l'épaisseur de la coupe, c'est moins d'une tranche de jambon fumé (une tranche: 30g), c'est 2 tranches de salami, ou encore 2 càs de lardons. On est donc loin du festin sachant qu'en plus on parle ici de quantités maximales recommandées, ce n'est pas une quantité à atteindre au contraire c'est le maximum qu'on devrait s'autoriser à manger selon l'Anses.

Comment l'Anses justifie-t-elle une telle évolution des recommandations?

L'Anses le dit elle-même dans son rapport d'expertise collective: "Si les repères les plus anciens ont été construits de façon empirique, les plus récents se fondent sur un large corpus de données plus détaillées et ont mis en œuvre des méthodes systématiques" (source)

 

Cela a conduit à ce que la viande (hors volaille) ainsi que la charcuterie ont été regroupées avec les boissons sucrées sous l'appellation: "Groupes d’aliments dont la consommation augmente le risque de maladies chroniques".

Page 27 de l'Avis de l’Anses - Rapport d’expertise collective: Actualisation des repères du PNNS : révision des repères de consommations alimentaires, l'Anses explique ce sur quoi elle s'est basée pour décider de cette évolution: "Les consommations de viande hors volaille et de viandes transformées (incluant la charcuterie) augmentent le risque de cancer colorectal avec un niveau de preuve convaincant et le risque de MCV et diabète de type 2 avec un niveau de preuve probable. En outre, la consommation de viande en général ou de viande hors volaille en particulier pourrait augmenter le risque de cancer du sein selon l’expression des récepteurs hormonaux aux œstrogènes (ER) et de cancer de la prostate, ainsi que le risque de prise de poids, avec toutefois un niveau de preuve «limité mais suggestif».

Pour les maladies pour lesquelles les niveaux de preuve sont jugés convaincants ou probables, les méta-analyses indiquent que pour chaque augmentation d’apport quotidien de viande hors volaille de 100g, le risque de ces maladies augmente de 10 à 20%. Pour les viandes transformées incluant la charcuterie, chaque augmentation de 50g/j induit des augmentations de risque allant jusqu’à 50%."

L'Anses explique également comment les nouvelles quantités maximales de consommation de la viande hors volaille et de la charcuterie ont été calculées et fixées: "Ces données indiquent qu’il est nécessaire de limiter la consommation de viande hors volaille et de charcuterie, sans pouvoir précisément propos de quantité maximale d’apport. Néanmoins, au regard de l’augmentation du risque engendrée par la consommation de viande hors volaille, il a été jugé nécessaire d’établir une limite maximale d’apport. Pour ce faire, les études épidémiologiques sur le cancer colorectal ont été considérées individuellement: la majorité d’entre elles rapporte une augmentation statistiquement significative du risque, par rapport à la classe de référence, dès 70 à 80g/j de consommation. Cette valeur rejoint la limite maximale de consommation individuelle de 500g par semaine de viande hors volaille proposée par le WCRF (WCRF 2011). En ce qui concerne les viandes transformées, l’analyse des études individuelles rapporte des augmentations statistiquement significatives de risque à partir de 25g/j. Ces augmentations étant élevées, et en l’absence de données concernant l’augmentation du risque pour des consommations plus faibles, il a été jugé nécessaire de limiter la consommation de charcuterie."

C'était de la science fiction il y a encore quelques mois, désormais même en France la viande est considérée officiellement comme un aliment à risque, on peut se féliciter d'une telle évolution du discours des institutions gouvernementales, même si ce discours reste toujours très anthropocentré et ne se préoccupe que de l'aspect santé alors que la nourriture c'est bien plus que ça et que pour moi l'éthique a aussi sa place dans notre alimentation, dans ce que nous décidons de manger ou pas. Nous devons prendre conscience de ce que nous mangeons et de l'impact que cela a sur notre corps comme le prône le PNNS, mais aussi sur notre environnement et surtout sur les animaux puisque nos choix agissent directement sur eux.


Sources